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Conférence d’Hubert Védrine : Après les printemps arabes, quelle reconfiguration géopolitique internationale et régionale ?
Vendredi 16 Décembre 2011 - Bassem El Hage

L’Institut de Prospective Economique du Monde Méditerranéen, IPEMED, en partenariat avec l’Ecole supérieure des Affaires (ESA) de Beyrouth organisaient  jeudi 1er décembre 2011 à Beyrouth une conférence exceptionnelle autour de M. Hubert Védrine, ancien ministre français des Affaires étrangères, sur les thèmes de la « situation géopolitique à la nouvelle échelle régionale et mondiale et la place du Liban dans le printemps arabe ».

Cette conférence a été suivie d’une intervention de Plantu et Stavro, consacrée aux « révoltes arabes vues par les caricaturistes libanais et de la région ».

Hubert Védrine commence par revenir sur l’effondrement de l’Union soviétique en 1991, dressant un parallélisme entre les deux situations. L’Occident a mis plus de 10 ans à considérer les pays de l’Est comme des puissances émergentes. Dans le système multipolaire né de la chute du communisme, le monde arabe ne pèse pas vraiment, explique t-il.  Bien que l’Arabie saoudite siège au G20, elle n’a pas en réalité pas son mot à dire.

En second lieu, M. Védrine souhaite dépasser l’expression simpliste de «Printemps arabe ». Inéluctables et imprévisibles, ces révolutions ont suscité de l’enthousiasme et des craintes mais le processus, aussi divers soit-il, est bien là. M. Védrine rappelle que l’Histoire démontre qu’il n’y a pas de transition facile d’une dictature à la démocratie et que les processus de démocratisation sont longs : ainsi la France a mis 150 ans pour passer des premières élections de 1795 au vote des femmes de 1945.

M. Védrine tient à différencier les révolutions : si c’est une quasi-guerre civile en Syrie, la situation en Libye est plus complexe, par exemple. Il faut donc procéder au cas par cas. D’ailleurs, ces révolutions ne concernent pas que le Monde arabe, elles toucheront petit-à-petit tous les régimes totalitaires, d’où l’inquiétude de la Chine. Loin d’être une « affaire arabe », ces révolutions forment un phénomène global.

M. Védrine qualifie la question islamiste dans le monde arabe « d’héritage lourd ». Même si les pays occidentaux étaient satisfaits du départ du Shah en 1979, l’arrivée de la République islamique en Iran a conforté leur indulgence vis-à-vis des régimes totalitaires en place. L’Occident a eu tendance à considérer les régimes totalitaires comme seuls capables de faire face à l’islamisme ; en conséquence, aujourd’hui dans les sociétés européennes, si les élites sont enthousiastes à propos des révolutions en marche, le grand public y est très réticent.

M. Védrine compare la situation actuelle avec celle de l’Europe du XIXème siècle, où démocratie et chrétienneté se révélaient incompatibles. Pour autant, M. Védrine estime qu’un Islam modéré au pouvoir reste une possibilité. Il envisage aussi une mutation d’un parti islamiste au pouvoir en parti modéré du fait de transformations internes au parti ou de tensions. Si la démocratie islamique change la société, la société peut aussi changer celle-là.

Dans cette période transitoire démocratique, M. Védrine attire notre attention sur les transformations des rapports de forces interarabes et particulièrement sur l’influence entre pays arabes. Ainsi, en Libye, l’attitude des rebelles, la position unanime des pays arabes et occidentaux ont poussé la Russie et la Chine à ne pas user de leur droit  de véto. Il s’interroge sur l’influence potentielle de l’exemple yéménite pour la Syrie.

M. Védrine estime que la situation en Syrie ne se prolongera pas assez longtemps pour pouvoir influer sur le Liban, le régime syrien s’affaiblissant de plus en plus : « Je ne vois pas s’installer un système de pourrissement en Syrie allant jusqu’à la déstabilisation. »  L’ancien Ministre envisage éventuellement une intervention de la Russie pour parvenir à une solution sur le plan syrien.

Interventions de Plantu et Stavro : « Les révoltes arabes vues par les caricaturistes libanais et de la région »

Jean Plantu, éditorialiste du quotidien français « Le Monde » a présenté l’association Cartooning for Peace qu’il a crée en 2006, avec Kofi Annan, secrétaire général des Nations Unies, à l’issue de l’affaire des caricatures danoises représentant le prophète. Fondée par une vingtaine de caricaturistes, cette association regroupe actuellement plus d’une centaine de dessinateurs de toute nationalité, de toute confession, et de toute appartenance politique. .

Plantu insiste sur la liberté d’expression et le respect de l’autre. Illustrant l’importance de la caricature, Plantu a projeté et commenté, devant un public conquis, plusieurs caricatures réalisées par des dessinateurs de toute la région. Il a également montré au public une photo de l’ancien chef de l’OLP Yasser Arafat, à Tunis, devant une caricature portant les drapeaux israélien et palestinien. A la demande de Plantu, M. Arafat a signé la caricature, reconnaissant ainsi indirectement l’existence de l’Etat d’Israël avant le début des négociations de paix.

L’humour plus fort que la diplomatie ! 

Plantu souhaite enfin évoquer la situation du caricaturiste syrien Ali Farzat, attaqué en septembre dernier par le régime syrien à Damas. Farzat a été battu ; ses doigts ont été brisés. Ali Farzat, actuellement au Koweït, devrait se rendre à Paris début décembre afin d’y recevoir, dans les locaux du journal Le Monde, un prix de Reporter sans Frontières.

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