Les nouvelles élites
Mercredi 01 Février 2012 - Jean-Louis Guigou, Délégué général d’Ipemed.
Les révolutions arabes promeuvent et s’appuient sur de nouvelles élites : de nouveaux ministres, de nouveaux hauts fonctionnaires, de nouveaux leaders médiatiques qui vont surprendre les Européens et surtout les Français.
Ces élites sont, en effet, bien différentes des anciennes qui, notamment en Afrique du Nord, avaient été pour la plupart formées dans nos grandes écoles: Polytechnique, Centrale, les Ponts et chaussées, les Mines, HEC… Ces élites francophones étaient «polarisées» par la France, notamment par Paris, et elles s’accommo daient, bon gré mal gré, de la dissymétrie entre les deux rives.
Les nouvelles élites ont un oeil sur le Nord, un regard attentif sur le Sud – l’Afrique sub-saharienne – et une attirance naturelle pour le coeur des pays arabes, le Golfe arabo-persique, où nombre d’entre elles ont été formées et ont séjourné.
Par ailleurs, ces élites sont très attachées à la symétrie des rapports. Il n’y a plus de subordination ni à l’Europe ni la France. Elles représentent des peuples en mouvement et des sociétés civiles de plus en plus exigeantes. Elles seront d’autant plus dans un rapport d’égalité avec la rive nord, que les Français en particulier ont à se faire pardonner la colonisation, le soutien aux dictateurs et, dans un passé récent, la tenue de débats (génocide arménien, identité nationale, refus de visas pour les ingénieurs des grandes écoles) qui nuisent au retour à la confiance.
Ces nouvelles élites seront-elles à l’écoute et en phase avec leur société civile dans ses composantes multiples, tout en donnant raison à la majorité qui exige la liberté des droits, la liberté de penser, de croire et la dignité de chacun?

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