2ème Atelier Eau d’IPEMED DU 27 septembre 2011, organisé à Porto en vue du Forum Mondial de l’Eau 2012
Dimanche 09 Octobre 2011
Pour poursuivre les discussions engagées à Paris au mois de juillet 2011 sur le projet proposé par IPEMED, un deuxième atelier a été organisé le 27 septembre à Porto au Portugal en marge de la conférence Europe-INBO 2011 et de la 9ème Assemblée Générale du Réseau méditerranéen des organismes de bassin (REMOB).
Cette deuxième rencontre a permis de préciser les missions et les responsabilités qui pourraient être confiées au Centre de Ressources et à l’Agence Méditerranéenne de l’Eau, et de rappeler le rôle important que pourrait jouer un Comité de Bassin Méditerranéen réunissant les parties prenantes de l’eau de la région (Collectivités locales, usagers de l’eau, opérateurs, directeurs de l’eau…). Les discussions ont également contribué à mieux déterminer le déroulement des différentes étapes qu’il faudrait suivre pour appliquer progressivement ces outils de mutualisation d’expertise et de gouvernance régionale de l’eau. Les échéances de mise en vigueur de chacun d’entre eux ne peuvent en effet être les mêmes. Si la constitution d’une interface de l’expertise de l’eau dans le bassin méditerranéen se révèle nécessaire à court terme, la création d’une Agence Méditerranéenne de l’Eau, garante d’une meilleure gestion des ressources en eau et capable de concrétiser des projets d’intérêt régional, doit être envisagée dans une perspective de plus long terme. Il convient, dans un premier temps, de rassembler l’ensemble des acteurs de l’eau du bassin méditerranéen pour qu’ils adhèrent à l’idée de réaliser des actions communes, avant de décider la forme finale que pourrait avoir l’Agence Régionale de l’Eau.
Il ressort de ce deuxième atelier que les propositions d’IPEMED pourraient se concrétiser par un dispositif à 3 niveaux (« fusée à 3 étages ») qui comprendrait :
- un Centre de Ressources sur l’Eau en Méditerranée, pouvant potentiellement être mis en œuvre à une échéance proche
- un Comité de Bassin Méditerranéen, qui pourrait être envisageable à moyen terme
- une Agence Méditerranéenne de l’Eau, dont la création devrait être la conséquence d’un engagement commun.
S’agissant du Centre de Ressources sur l’Eau en Méditerranée, une présentation du modèle du Asian Water Knowledge Hub a été faite en introduction de la réunion par le Coordinateur Technique du Semide, Eric Mino. Ce modèle qui a été créé dans le cadre du Forum de l’Eau Asie-Pacifique (Asia Pacific Water Forum- APWF) en 2008 constitue un exemple intéressant sur lequel le Centre de Ressources pourrait s’inspirer. Ce « hub » qui réunit des centres d’excellence dans le domaine de l’eau se veut indépendant, non partisan, apolitique et à but non lucratif. En suivant les priorités définis par le « APFW », 17 centres d’excellence, travaillent ensemble autour d’un secrétariat de structure très légère soutenu par l’UNESCO, l’Agence de l’Eau de Singapour, la Banque Asiatique de développement et le programme UNESCO –IHE. Pour être identifié comme une des têtes de réseau du Hub, il convient de respecter quelques critères : excellence dans son domaine, orientation des activités tournées vers les besoins des utilisateurs finaux (ministères, agences de développement, agences de bassin, voir professionnels de l’eau…) , disponibilité de ressources humaines et financières, effectuer des démarches de collaboration dans le domaine de la recherche, diffusion des connaissances, analyse de l’avancement des pays dans les domaines spécifiques, et proposition de solutions concrètes aux utilisateurs finaux.
Transposer à l’échelle euro-méditerranéenne, une telle interface pourrait réunir des initiatives régionales déjà existantes : Semide, Remob, Plan d’Action pour la Méditerranée- Plan Bleu, IME, Med-Euwi, Oieau, etc. Au cours des discussions, l’accent a été mis sur la valorisation des travaux de recherche universitaires. Les nombreuses études scientifiques réalisées dans le domaine de l’eau mériteraient d’être plus portés à la connaissance des états, des opérateurs et de l’ensemble des décideurs de la région.
Concernant la gouvernance de cet outil, celle-ci pourrait par exemple être confiée aux directeurs de l’eau de la zone euromed, ou soit au groupe d’experts de l’eau de l’UpM, ou encore à un Comité de Pilotage désigné lors du 1er Forum Méditerranéen de l’Eau à Marrakech en décembre 2011. D’autres possibilités sont à étudier. La structure de coordination doit rester légère et être en mesure d’impliquer l’ensemble des pays de la région et les réseaux existants. Cette démarche de coordination régionale serait un signal fort envoyé aux bailleurs de fond pour favoriser leur participation au financement de projets d’eau euro-méditerranéens. De l’avis de plusieurs participants, la tenue du Forum Méditerranéen de Marrakech au mois de décembre 2011 devrait être une opportunité à saisir pour proposer la mise en œuvre d’un tel dispositif.
L’idée de mobiliser à moyen terme les acteurs de la société civile au sein d’une structure régionale ouverte à toutes les parties prenantes de l’eau dans la région, sous la forme d’un Comité de Bassin Méditerranéen, a également été soutenue par plusieurs intervenants. Les représentants de la société civile (ONG, mais aussi parlementaires) constituent d’importantes courroies de transmission auprès du grand public. La démarche « Bottom-up » de cette instance, qui constituerait une véritable alternative au processus inter-gouvernemental principalement retenu jusqu’alors pour faire avancer la question de l’eau à l’échelle euro-méditerranéenne, en constituerait une de ses caractéristiques. Contrairement au concept d’Agence, il a été souligné qu’une structure multi-acteurs tel qu’un « comité » ou « commission » ne renvoyait pas à l’idée d’une structure inter-étatique.
Par ailleurs, les municipalités côtières de la région, responsables le plus souvent de la gestion des services d’eau et d’assainissement de l’eau, de la gestion des déchets et de la protection de leur littoral, pourraient trouver dans le Comité de Bassin Méditerranéen, une instance au sein de laquelle elles pourraient faire part des difficultés qu’elles rencontrent dans leur mission et au sein de laquelle elles pourraient partager leur approche avec d’autres experts et professionnels de l’eau. Dans la dynamique du Forum Méditerranéen et du Forum Mondial de l’Eau, un nouvel atelier réunissant plusieurs grandes villes méditerranéennes pourrait être organisé avant la fin de l’année pour partager cette idée avec les représentants de plusieurs métropoles de la région.
Concernant la création à long terme d’une Agence Méditerranéenne de l’Eau, les avis divergent sur le rôle qu’elle pourrait jouer dans le paysage institutionnel méditerranéen actuel. Sans préjuger du modèle final qui pourrait être retenu pour cette instance, plusieurs questions régionales de première importance en matière de partage, de gestion et de protection des ressources en eau, militent pourtant pour qu’une telle structure voit le jour à terme. De nombreuses questions de dimension euro-méditerranéenne en matière de gestion de l’eau ne sont toujours traitées par aucune instance régionale : la médiation entre les états, la gestion de la demande dans les nouvelles masses d’eau, la gestion durable des ressources en eau, le transfert d’eau entre les pays, le soutien à apporter à certains pays pour la bonne exécution de la Stratégie Méditerranéenne de l’Eau, l’incitation à rendre les usages de l’eau plus efficients dans le bassin méditerranéen (agriculture, industrie, municipalités) …
Cette institution pourrait être l’instance régionale qui, en accord avec les grandes orientations définies par le Comité de Bassin Méditerranéen, proposerait des solutions régionales et apporterait, si nécessaire, les fonds requis pour les mettre en vigueur.
Par ailleurs, pour assurer la pérennité de cet outil et surtout lui offrir les moyens nécessaires pour accomplir l’ensemble des missions qui lui seront confiées, de nombreuses propositions ont été faites pour mobiliser certaines agences de coopération, des fondations, des fonds de financement de projets déjà existants, recourir aux financements innovants, solliciter les grandes métropoles.
Plusieurs participants ont émis le souhait que ces idées obtiennent plus de visibilité pour le Forum Méditerranéen de l’eau de Marrakech en décembre 2011. Cette première édition du Forum Méditerranéen de l’Eau doit être l’occasion de lancer de grands projets de coopération régionale. Le temps des engagements est venu.

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