Pourquoi construire La Verticale ?

Dans un monde caractérisé par la compétition mondiale et les contraintes écologiques, les entreprises tendent à valoriser la proximité géographique et les complémentarités, qu’elles soient géographiques ou liées au différentiel de développement. Les Etats, réciproquement, sont amenés à tenir compte des solidarités qu’imposent les sujets d’intérêt commun (sécurité, migration, réchauffement climatique).

Sous la pression de l’économie se renforcent de grandes régions Nord/Sud, qui prennent la forme de « quartiers d’orange » dans lesquels coopèrent, au Nord, des pays développés et vieillissants (Etats-Unis, Europe, Chine et Japon) et au Sud, des pays jeunes et en développement (Pays du Sud et de l’Est de la Méditerranée, Afrique, Amérique Latine, pays de l’ASEAN). Ces nouvelles coopérations imposent des changements de paradigmes (centre/périphéries), des changements de programme (répondant à la diversité des besoins des pays du Sud et à des logiques favorisant l’intégration régionale et les transversalités), des changements de méthodes (passage à une méthode « bottom up », au principe de co-construction) et des changements de comportement (passage à un esprit de partenariat gagnant/gagnant). A partir de ce constat, la construction d’une grande région Afrique – Méditerranée – Europe semble évidente.

Les 10 et 11 avril 2015 se tenait à Panama le VIIème Sommet des Chefs d’Etat américains. Ce fut l’occasion d’une réconciliation publique entre les Etats-Unis et Cuba mais également le lieu de négociations politiques et économiques en faveur de l’intégration économique Nord/Sud dans un esprit de partage et de co-développement gagnant/gagnant. La création par la Chine en octobre 2014 de la Banque Asiatique pour les Investissements et les Infrastructures (BAII) dont le lancement a eu lieu en janvier 2015 atteste également de ce phénomène de structuration régionale.

L’Union Européenne, la Ligue Arabe et l’Union Africaine, face au court-termisme et à l’absence de régulation mondiale, doivent à leur tour renforcer et accélérer leur intégration, retrouver le chemin de la croissance économique inclusive et durable, du rayonnement culturel & politique.

Car l’Europe a beau avoir bien réussi son intégration régionale au sein de l’Union Européenne (UE) (75 % des échanges sont intra européens – alors que l’Asean est à 54 % d’échanges intra régionaux et l’Alena à 48 %), elle a échoué dans l’intégration économique de son voisinage Sud et notamment du bassin méditerranéen, en concentrant notamment ses efforts en direction des pays d’Europe Centrale et Orientale (260 euros/habitant à l’Est contre 13 euros en moyenne au Sud). De plus, la Politique Européenne de Voisinage, en privilégiant l’aide et non l’investissement reste toujours dans un rapport « centre/périphérie ». Les IDE de l’Europe vis-à-vis des Pays du Sud et de l’Est de la Méditerranée (PSEM) ne dépassent pas 2 %, alors que les IDE des Etats-Unis vers l’Amérique latine sont de 15 %, et ceux des Japonais vers son voisinage sud ont atteint 20 %.

Dans ce contexte, une diversification des partenariats stratégiques et commerciaux vient également concurrencer les liens économiques et politiques étroits qui unissaient les PSEM à l’Europe (Conseil de coopération du Golfe, coopération Sud-Sud, implantation de la Chine en Afrique, etc.), et qui peut se faire au détriment de l’intégration régionale.

Parallèlement, les PSEM aussi bien que les pays du Conseil de Coopération du Golfe renforcent leur présence dans les pays d’Afrique par leurs investissements, leurs relations commerciales et diplomatiques et par la présence d’importantes diasporas, soulignant le rôle central de la Méditerranée au sein de la grande région Afrique – Méditerranée – Europe.