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26 janvier 2010 | Par Lakhdar Benchiba, IPEMED-Algérie.
Chakib Khelil est déstabilisé, la protection présidentielle dont il a joui jusqu’à présent risque de faire défaut. Seul répit pour le ministre, l’aventure, jusque-là heureuse, de l’équipe nationale de football à la Coupe d’Afrique des Nations, supplante la grosse affaire Sonatrach. Elle ne la relègue pas cependant aux oubliettes. Le débat sur la gestion et la stratégie nationale des hydrocarbures est ouvert.
Beaucoup à Alger supputent déjà sur les noms des successeurs potentiels de Chakib Khelil à la tête du secteur de l’énergie. L’atmosphère de fin de règne est confortée par les charges de certains journaux qui étripent le ministre pour avoir dit « ne pas savoir » (1). Il ne pouvait pas ne pas savoir affirment-ils et enfoncent le clou en soulignant qu’aucun contrat et aucune décision de Sonatrach n’aurait pu être prise sans son aval. En clair, si le management de Sonatrach est poursuivi pour des malversations, le ministre de tutelle en est comptable et pas seulement au niveau politique. Le PDG de Sonatrach, Mohamed Meziane, ne serait qu’un faire-valoir, « le vrai big boss du groupe serait en réalité Mohammed Rédha Hemch, ex-directeur de cabinet du PDG de Sonatrach et… neveu de Chakib Khelil »… Hemch, officiellement en « retraite dorée » à Montreux et recyclé dans un « placard doré », dans la filiale Sonatrach International Holding Corporation (Samco) à Lugano… Les choses vont loin. Le journaliste Abed Charef constate que le « soldat Khelil est en péril ». Il cite un haut responsable « au fait de l’affaire » qui estime que dans cette « sombre affaire de lutte d’influence, de clans et de groupes, les uns motivés par l’argent, d’autres par le pouvoir, mais tous agissant dans l’ombre, on se trouverait dans une bataille à multiples facettes, qui se cristalliserait autour de la personne de M. Khelil. C’est sa tête qui serait donc demandée, tout le reste n’étant qu’un décor destiné à organiser la mise à mort d’un homme venu dans le sillage de M. Bouteflika, un homme qui lui doit tout, et dont le départ signifierait une défaite pour le chef de l’Etat » (3).
Le soutien de Bouteflika et de … Bush
L’affaire Sonatrach a un mérite, inattendu, celui de pousser à l’ouverture de débats, pratiquement interdits, non seulement sur la gestion « opaque » de Sonatrach mais aussi la stratégie du pays en matière d’hydrocarbures. Abdelaziz Rahabi, ancien ministre de la communication se livre, dans une série de trois articles, à un réquisitoire contre la gestion opaque des affaires du pays qui n’épargne pas le chef de l’Etat (4). L’ancien ministre, brutalement démissionné par Bouteflika en plein conseil des ministres en 2000, note que l’entreprise Sonatrach a un fonctionnement qui échappe à tout contrôle alors que les « importations en équipements et services pour le seul secteur de l’énergie estimés à près de 10 milliards de dollars /an ces quatre dernières années ». Il note que les contrats et les permis de recherche et d’exploitation sont des secrets mieux gardés que les « contrats d’armement qui sont révélés aux algériens, au moins et fort heureusement d’ailleurs, par les médias étrangers ». Bref, les hydrocarbures donnent le sentiment « d’être gérés comme une entité Offshore ». « En fait, toutes ces opérations n’auraient jamais pu se faire si Chakib Khelil ne jouissait pas d’un soutien inconditionnel du chef de l’Etat et de quelques milieux des fournisseurs d’équipements pétroliers et gaziers de l’ex-Administration Bush » affirme Rahabi dans son réquisitoire. Dans un journal libanais, Al Akbar, Yacine Temlali développe une analyse dubitative et de gauche sur les objectifs d’une campagne anticorruption menée par des ‘« mains propres » sales’ (5). La campagne ressemble à une « opération de règlements de comptes au sein de l’appareil économique destinée à redistribuer les positions de pouvoir sur la gestion de la rente pétrolière...".
« L’effondrement moral » de la gouvernance de Khelil
L’auteur rappelle qu’une campagne similaire lancée en 1996 par l’actuel premier ministre Ahmed Ouyahia en 1996 n’a eu pour seul résultat que de "mettre en prison des dizaines d’innocents". Le même scepticisme est exprimé par l’éditorialiste K. Selim qui note qu’une « une campagne ne remplacera pas des institutions indépendantes de supervision et de contrôle ; elle ne supplée pas à la réduction du parlement à une simple chambre d’enregistrement et la fonction de député à une approbation mécanique par « levage de mains » automatique… ».
Alors que Chakib Khelil s’inquiète de l’effondrement des prix du gaz et du risque d’une remise en cause des contrats à long terme (7), El Kadi Ihsane, dans le supplément économique d’El Watan, estime que « l’effondrement moral » de la gouvernance du ministre rouvre le débat sur les options stratégiques et sur les alternatives de politique énergétique (8). Il constate l’existence de trois tendances lourdes : le marché algérien devient fortement consommateur de gaz, le coût du kilowattheure d’électricité produite avec du gaz naturel sera dès 2020 équivalent au kilowattheure d’électricité solaire produit dans le Sahara algérien et enfin le marché mondial de l’énergie sera dès 2030 un marché de fournisseurs mondiaux de « commodities » et non plus un marché de compagnies pétro-gazières de l’amont. « Le couple hydrocarbures-Sonatrach est donc en déplétion » écrit-il. Si l’objectif de 85 milliards de m3 de gaz exportés lui parait illusoire, l’objectif fixé par Khelil d’aboutir à 5% de la part des énergies renouvelables en 2017 et de réaliser 35% du chiffres d’affaires de Sonatrach à l’international sont « plus censés ». Sauf que ces deux derniers objectifs sont « déjà entrain d’être manqués » : Chakib Khelil « temporise dans l’émergence du solaire algérien » et les conquêtes à l’étranger de Sonatrach sont « anecdotiques » alors que la Sonangol angolaise a pu prendre pied dans l’amont irakien. « Mêmes les supposées amitiés américaines du ministre ne sont plus au rendez-vous.
L’heure d’une grande révision stratégique a bien sonné dans la gouvernance du secteur énergétique algérien ».
1 Le Soir d’Algérie : Voici pourquoi Chakib Khelil savait
http://www.lesoirdalgerie.com/artic...
2 – Sonatrach : Les cadres brisent le silence
http://www.elwatan.com/Sonatrach-Le...
3 - Le soldat Khelil en péril - Abed Charef
http://www.lequotidien-oran.com/?ne...
4 – La corruption absolue produit du pouvoir absolu
http://www.lematindz.net/news/2944-...
5 – Lutte anticorruption en Algérie, des « mains propres » bien sales (en langue arabe)
http://www.al-akhbar.com/ar/node/174596
6 – Feuilleton hivernal
http://www.lequotidien-oran.com/?ne...
7 – Chakib Khelil : Menace sur les pays exportateurs de gaz
http://www.algerie360.com/economie/...
8 - Energie : l’occasion d’une révision stratégique
http://www.elwatan.com/IMG/pdf/supp...
3ème Forum Economique Arabo-Grec
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