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13 juillet 2010

Par Jean-Louis Guigou.

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Sommet de l’UpM : report, retraite, ou rebond ?

L’annonce que le Sommet de l’Union pour la Méditerranée prévu le 7 juin ne se tiendrait pas, a suscité des inquiétudes, parfois de l’ironie : décidément, cette Union serait vouée à l’échec. En réalité, il n’est pas impossible qu’une opération diplomatique d’envergure sur le Proche Orient se tienne, sous l’impulsion des Etats-Unis, à la fin 2010 ; cela placerait le Sommet de l’UpM, qui se tiendrait également à cette période, dans un contexte infiniment plus favorable.

Mais au-delà de cette éventuelle initiative en faveur de la paix et des tractations au sein de l’UpM, ce qui est au moins aussi important est la transformation économique de long terme qui continue à se produire dans la région. Ne confondons pas la mécanique politico-institutionnelle, forcément saccadée et parfois chaotique, avec la ligne de force de l’intégration régionale en Méditerranée. Nous sommes là sur des transformations à grand rayon de courbure, que les décisions politiques peuvent accélérer ou ralentir - mais des transformations qui ont bel et bien lieu, pour sept raisons :

1 - Parce que le monde multipolaire s’organise en grande régions Nord-Sud, à commencer par l’Alena et l’Asie orientale. Les Européens craignaient naguère la concurrence japonaise, puis celle des dragons, désormais tout le monde a en tête la concurrence des entreprises chinoises. On a raison et tort à la fois : ce n’est pas de Chine que vient le danger, pas du Japon, pas des dragons ni de l’Asean, mais de tout à la fois parce que ces pays sont intégrés dans une puissance région économique. Si l’Europe reste isolée, elle sera marginalisée. La crise qui frappe l’Europe accroît la nécessité d’un ancrage avec les pays du Sud et de l’Est de la Méditerranée (PSEM).

2 - Parce que les PSEM sont conscients qu’ils ne peuvent pas rester isolés, ballotés par la fluctuation des monnaies, sollicités une fois pas les uns (Europe), une fois par les autres (Brésil, Chine, Inde…). S’ils veulent devenir des pays émergents comme le furent les dragons asiatiques, avec 10% de croissance pendant vingt ans, les pays de la rive sud et est de la Méditerranée doivent s’intégrer dans un grand ensemble géographique suffisamment vaste et stable pour valoriser la proximité, la complémentarité et la solidarité.

3 - Parce que l’Allemagne a montré le chemin de la réussite avec le redéploiement de son système productif dans les PECO. L’Europe, et la France en particulier, doivent intensifier le partenariat avec les PSEM en s’inspirant de cette réussite.

4 - Parce qu’il y a une inversion de croissance au profit des pays du Sud et que le continent africain est en train de décoller ; l’intégration économique euroméditerranéenne ferait de l’Afrique du Nord une véritable interface avec l’Afrique subsaharienne.

5 - Parce que les peuples ont besoin de projets, de vison, d’épopée, en un mot ils ont besoin d’ambition. Là ou il n’y a pas de projet, il n’y a que rivalité. Or l’intégration de cette vaste région euroméditerranéenne est un projet visionnaire, un virage historique.

6 - Parce que la Méditerranée est, comme le dit Paul Balta, le berceau de l’avenir où se mêlent le sacré, l’art, la gourmandise, la beauté des lieux et la confrontation culturelle de trois continents. Les Méditerranéens pourraient inventer un nouveau modèle de développement, durable et solidaire entre Nord et Sud, en mesure d’influencer les mondes asiatique et américain.

7 - Parce que la société civile des deux rives s’est profondément mobilisée, depuis trois ans, ce qui révèle une énergie positive trop longtemps contenue.

C’est une évidence, l’Afrique du Nord sera « la Floride et le Texas de l’Europe » ; la seule incertitude est de savoir si cela prendra quinze ans, trente ou cinquante. Là interviennent les choix. Car comme le disait Jean Monet dans les années 1950 devant les difficultés à construire la Communauté européenne, « l’important n’est pas d’être optimiste ou pessimiste : l’important c’est d’être déterminé ».



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